Alzheimer, troubles cognitifs et sexualité : quelle posture adopter ?
L’Alzheimer et la sexualité peuvent soulever de nombreuses questions chez les professionnels qui accompagnent des personnes atteintes de troubles cognitifs. Avec l’évolution de la maladie, certains comportements peuvent changer, notamment dans la manière d’exprimer ses besoins affectifs, son intimité ou son désir.
Parler de l’Alzheimer et de la sexualité, c’est aussi prendre en compte des situations parfois difficiles à comprendre : désinhibition, gestes inhabituels, modifications du comportement ou interrogations autour du consentement.
Face à ces situations, la question de l’Alzheimer et de la sexualité demande donc de trouver un équilibre entre compréhension, respect des personnes concernées et sécurité. Quelle posture adopter ? Quels éléments observer ? Et comment réfléchir collectivement en équipe ?
Alzheimer et sexualité : des besoins affectifs toujours présents
Lorsqu’on parle de maladie d’Alzheimer et de sexualité, il est important de ne pas oublier les besoins affectifs et intimes de la personne. La maladie peut modifier leur manière de s’exprimer, sans pour autant faire disparaître le besoin de proximité, de tendresse ou d’intimité.
Alzheimer Europe rappelle que, dans l’accompagnement des personnes atteintes d’Alzheimer, la sexualité doit être abordée en tenant compte de leurs besoins, de leurs souhaits et de leur bien-être.
Avec Alzheimer, la sexualité et l’affection peuvent ainsi s’exprimer de différentes façons : recherche de contact, gestes de tendresse, besoin d’être proche de l’autre ou désir d’intimité. Pour les professionnels, l’enjeu est avant tout d’observer et de comprendre ces manifestations sans les interpréter trop rapidement.
Alzheimer et sexualité : quels changements peuvent apparaître ?
Avec la maladie d’Alzheimer, la sexualité peut évoluer de différentes manières. Certaines personnes peuvent montrer moins d’intérêt pour la sexualité, tandis que d’autres peuvent l’exprimer davantage ou de façon différente. Ces changements ne sont donc pas les mêmes pour toutes les personnes
Désinhibition et comportements inhabituels
Dans le cadre de la maladie d’Alzheimer, la sexualité peut parfois s’exprimer de manière plus directe ou inhabituelle. Les troubles cognitifs peuvent en effet diminuer certains filtres sociaux et entraîner des paroles, des gestes ou des comportements qui surprennent l’entourage ou les professionnels.
La HAS indique notamment que les troubles neurocognitifs peuvent être associés à une désinhibition sexuelle. Cela ne signifie pas pour autant que chaque comportement inhabituel doit être interprété comme sexuel : il est important de prendre en compte le contexte et la situation dans son ensemble.
Face à ces changements liés à Alzheimer et à la sexualité, l’observation reste essentielle pour éviter les conclusions trop rapides.
Comprendre ce que le comportement peut exprimer
Dans les situations liées à l’Alzheimer et à la sexualité, certains comportements peuvent être difficiles à comprendre pour les professionnels. . Les troubles cognitifs peuvent modifier la compréhension d’une situation, la reconnaissance des personnes ou encore la perception de ce qui est adapté à un contexte donné.
Alzheimer’s Society souligne par exemple qu’une personne atteinte de troubles cognitifs peut parfois confondre une autre personne avec son conjoint, mal comprendre certaines interactions ou ne plus percevoir certaines limites sociales de la même manière.
Pour les professionnels, l’enjeu est donc de ne pas s’arrêter au comportement observé, mais de chercher à comprendre ce qui l’entoure : dans quel contexte il apparaît, avec qui, à quel moment et comment la personne réagit.
Alzheimer, sexualité et consentement : comment apprécier la situation ?
Dans les situations liées à l’Alzheimer et à la sexualité, le consentement peut être plus difficile à évaluer. Une personne atteinte de troubles cognitifs peut encore être capable de donner son accord ou d’exprimer son refus, mais cela peut devenir plus complexe selon l’évolution de la maladie.
La HAS rappelle que le consentement ne passe pas seulement par les mots. Il peut aussi se voir dans les gestes, les attitudes ou les réactions de la personne. Un accord peut également changer : une personne peut accepter à un moment puis ne plus vouloir ensuite.
Lorsque la personne communique difficilement, les professionnels peuvent s’appuyer sur sa manière habituelle d’exprimer son accord, son refus ou son inconfort.
En cas de doute, il est important d’en parler en équipe afin de croiser les observations et de mieux comprendre la situation.
S’assurer du respect des deux personnes
Lorsqu’une situation concerne l’Alzheimer et la sexualité, l’attention ne doit pas porter uniquement sur la personne atteinte de troubles cognitifs. Le consentement doit être présent chez toutes les personnes impliquées dans la relation.
Il faut donc rester attentif aux paroles, aux gestes, mais aussi aux signes de gêne, de retrait ou de refus de chacun. Une absence de réaction ne suffit pas, à elle seule, à considérer qu’une personne est consentante.
L’objectif pour les professionnels est ainsi de respecter l’intimité des personnes tout en restant vigilants lorsqu’un doute apparaît sur leur compréhension de la situation ou sur l’expression de leur consentement.
Alzheimer et sexualité : quelle posture adopter face à une situation intime ?
Face à une situation liée à l’Alzheimer et à la sexualité, il n’est pas toujours évident de savoir s’il faut intervenir, attendre ou demander l’avis d’autres professionnels. L’objectif n’est pas d’empêcher systématiquement une situation intime, mais de rester attentif au consentement, au bien-être et aux limites des personnes concernées.
La HAS recommande notamment aux professionnels d’adopter une posture d’écoute, de confiance et de bienveillance, tout en respectant les choix et les limites de chaque personne accompagnée.
Observer avant d’intervenir
Avant de réagir, il est important de regarder la situation dans son ensemble : ce qui se passe, la réaction des personnes concernées et les éventuels signes d’inconfort ou de refus.
Dans une situation concernant l’Alzheimer et la sexualité, prendre ce temps d’observation permet d’éviter une intervention trop rapide et d’adapter sa posture à ce qui se passe réellement.
S’appuyer sur une posture professionnelle adaptée
Ces situations peuvent aussi questionner les limites du rôle du professionnel : jusqu’où intervenir ? Comment respecter l’intimité sans ignorer une situation préoccupante ?
Adopter une posture professionnelle adaptée permet de trouver cet équilibre, en restant à l’écoute de la personne, en respectant sa dignité et en sachant également reconnaître les limites de son intervention.
C’est notamment l’objectif de notre formation « Relation aidant-aidé – Adopter la bonne posture professionnelle », qui aide les professionnels à ajuster leur posture, renforcer une communication respectueuse et définir leurs limites dans l’accompagnement.
Alzheimer et sexualité : pourquoi la concertation de l’équipe est essentielle
Face à une situation liée à Alzheimer et à la sexualité, un professionnel peut ne pas disposer, à lui seul, de tous les éléments nécessaires pour comprendre ce qui se passe. Une même situation peut être perçue différemment selon le moment, le contexte ou la personne qui l’observe.
Le travail en équipe permet alors de croiser les observations : comment la personne exprime-t-elle habituellement son accord ou son refus ? Son comportement est-il nouveau ? Se manifeste-t-il uniquement dans certaines situations ? Comment réagit l’autre personne concernée ? Ces échanges peuvent aider à mieux comprendre la situation avant de décider de la conduite à adopter.
La HAS recommande notamment de travailler en équipe pluriprofessionnelle afin d’échanger les observations recueillies sur les attentes et les désirs des personnes accompagnées. En cas d’interrogation autour du consentement, elle préconise également de mobiliser plusieurs regards pour multiplier les angles d’analyse.
Dans les situations concernant Alzheimer et la sexualité, la concertation permet donc d’éviter qu’une décision repose uniquement sur le ressenti ou l’interprétation d’un seul professionnel. Elle contribue à construire une réponse commune, adaptée à la situation et respectueuse à la fois de l’intimité, du consentement et de la sécurité des personnes concernées.
Sources :
- https://www.alzheimer-europe.org/resources/publications/sexe-genre-et-sexualite-dans-le-contexte-de-la-maladie-dalzheimer-et-des?language_content_entity=en
- https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2025-02/accompagner_la_vie_intime_affective_et_sexuelle_des_personnes_en_essms._volet_1_socle_
transversal_argumentaire.pdf? - https://www.alzheimers.org.uk/about-dementia/stages-and-symptoms/dementia-symptoms/losing-inhibitions?
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